Rapport de l’anses sur l’EAT 3 – focus sur le cadmium

L’Anses vient de publier le premier volet des résultats de la troisième étude de l’alimentation totale (EAT3), volet consacré à l’acrylamide et à cinq éléments traces métalliques (aluminium, argent, cadmium, mercure, plomb). L’expertise couvre 276 types d’aliments collectés entre 2021 et 2022 ;

L’expertise montre une diminution moyenne des concentrations en acrylamide, aluminium, cadmium et plomb dans l’alimentation en comparaison avec la précédente EAT réalisée près de 15 ans auparavant. Pour l’acrylamide par exemple, les concentrations ont diminué dans plusieurs aliments fortement contributeurs à l’exposition comme les biscuits salés (-95 %) ou le café soluble (-89 %). Cependant, des augmentations sont observées dans certains groupes d’aliments et les conclusions pour la population demeurent identiques : l’exposition à l’acrylamide et au plomb soulèvent toujours une préoccupation sanitaire et l’expertise identifie à nouveau un risque lié à l’exposition au cadmium, méthylmercure et à l’aluminium. En revanche, des analyses plus poussées par rapport à l’EAT2 ont permis d’écarter le risque associé au mercure inorganique. Pour l’argent, il n’est pas possible de conclure en l’absence de valeur toxicologique de référence. Les résultats pour les autres familles de composés devraient suivre prochainement.

Parmi les aliments montrant une augmentation de la contamination, figurent les produits céréaliers tels le pain, les biscuits sucrés, les viennoiseries ou les pâtes. Ce sont les aliments qui contribuent le plus à notre exposition alimentaire à l’aluminium, au cadmium et au plomb.

Il est donc important de partager quelques points de repère sur ce sujet.

 

Pourquoi est-ce important de surveiller l’exposition au Cadmium ?

Le cadmium consommé par voie orale est associé à l’augmentation du risque de différentes pathologies : rénales, déminéralisation osseuse, neurodéveloppement, cancérogénicité.

La réduction de la présence de cadmium dans l’alimentation est donc un enjeu de santé public auquel les pouvoirs publics et les professionnels sont vigilants.

 

Quelles sont les principales bases réglementaires à ce sujet ?

En Europe, la Commission Européenne fixe des teneurs maximales autorisées pour le cadmium dans l’alimentation humaine Règlement (CE) n°2023/915 et l’alimentation animale (Directive n°2002/32/CE). Ces teneurs sont fixées principalement pour des produits agricoles (ex : légumes frais) et aquatiques à l’état frais, ou de première transformation (ex : farine de blé). Les teneurs ainsi fixées répondent au principe ALARA (« As Low As Reasonnably Achievable ») qui tient compte à la fois de la protection du consommateur et de la soutenabilité pour les filières. Ces teneurs sont régulièrement mises à jour. Depuis 2019, les teneurs en cadmium sont également réglementées dans les fertilisants portant le marquage CE Règlement (CE) n°2019/1009.

 

Qu’en est-il du respect de la réglementation ?

Dans le cadre du plan de surveillance filière piloté par Intercéréales, le cadmium fait partie des contaminants très fréquemment recherchés. Les historiques de contrôle montrent une conformité complète des teneurs réglementaires existantes, et une stabilité du niveau de contamination.

Outre ce plan un groupe de travail cadmium a été mis en place dans le cadre de la « plate-forme de surveillance de la chaîne alimentaire ». Ce groupe de travail, qui regroupe des organisations professionnelles et les pouvoirs publics, a notamment pris en compte les résultats disponibles sur toutes les matrices alimentaires entre 2010 et 2019, soit environ 75.000 résultats d’analyse.

 

Quelle est la contribution des produits de la BVP à l’exposition de la population au cadmium ?

D’après le rapport de l’ANSES, le pain et la viennoiserie font partie des contributeurs significatifs. Pour le pain 11 à 12 % du total du cadmium ingéré chez les enfants, et 19 à 20% chez les adultes ; en ce qui concerne la viennoiseries, 11 à 12% chez les enfants et 5 à 6% chez les adultes. A noter que les produits de panifications (pain et viennoiseries) ne sont pas les seuls contributeurs importants à l’exposition au cadmium : des crustacés et des pommes de terre apporte une part significative du cadmium ingéré (respectivement 15 à 20% et plus de 16%).

 

Est-ce que l’alimentation est la seule source de contamination ?

Même si l’alimentation est sans doute le principal contributeur, l’ANSES précise que l’exposition au cadmium n’est pas seulement due à l’alimentation, et qu’il existe d’autres sources : environnemental, eau de boisson, tabagisme, exposition professionnelle. Le rapport de l’ANSES recommande d’explorer ces pistes dans le cadre de la réduction globale de l’exposition.

 

Quelle est l’explication possible de cet apport élevé en cadmium par les produits céréaliers ?

L’une des explications très médiatisée de la présence de cadmium dans les produits céréaliers serait l’apport de cadmium par la fertilisation phosphatée. Les engrais de ce type utilisés en France sont en largement originaires du Maroc, et issus de sources riches en cadmium. Pour rappel, ces engrais sont soumis à une réglementation concernant la teneur maximale en cadmium. Néanmoins, l’absorption et le stockage du cadmium du sol par la plante est sujette à des phénomènes complexes qui font intervenir de nombreux facteurs : type de sols, espèces végétales, variétés, facteurs climatiques, … Ce phénomène est un sujet d’étude dans les organismes de recherches. Dans l’état actuel des connaissances, le lien entre teneur dans le sol et teneur dans le grain est encore difficile à expliquer.

 

Quelles sont les recommandations de l’ANSES ?

En ce qui concerne le cadmium, l’ANSES recommande de travailler sur la réduction de l’apport en cadmium par les engrais phosphatés. Elle recommande également de renforcer la surveillance des denrées principales contributrices, dont le pains et la viennoiserie font partie.

 

Quelle conclusion tirer de ce sujet ?

Les contaminants chimiques, particulièrement d’origine environnementales, constituent un sujet de préoccupation croissant. Leur prise en compte dans les plans de contrôles est donc essentielle. Mais comme il s’agit d’analyses coûteuses, complexes, et très nombreuses, il est important de participer à des réseaux de surveillance mutualisé. C’est le cas du Plan de Surveillance Filière organisé par INTERCEREALES, et dont la FEB est partenaire. Vous pourrez obtenir plus amples informations auprès de Denis GRIVET , Responsable Technique & Règlementaire de la FEB.

 

Sources d’informations utiles

ANSES – questions sur le cadmium

ANSES – premier volet des résultats de la troisième étude de l’alimentation totale (EAT3)

Plateforme de Surveillance de la Chaine Alimentaire – rapport de synthèse du GT cadmium