SUR LA CLASSIFICATION NOVA ET LA POSITION DE L’ANIA
La filière suit avec attention l’évolution des connaissances scientifiques sur la nutrition : c’est au cœur de notre responsabilité. Les pratiques évoluent, les connaissances progressent, et nous progressons avec elles.
Mais il y a une distinction fondamentale à faire — que nous maintenons avec constance – entre la production de travaux de recherche et les recommandations de santé publique qui peuvent en découler. Les agences sanitaires indépendantes – l’ANSES en France, l’EFSA au niveau européen — sont les seules instances légitimes pour traduire les données scientifiques en recommandations opposables aux acteurs économiques. C’est leur rôle, c’est leur mandat, c’est leur expertise.
Sur la notion d’aliments dits « ultra-transformés », l’ANIA n’a pas vocation à s’impliquer dans un débat scientifique.
Elle s’en remet à l’expertise de l’ANSES, dont l’avis rendu en janvier 2025 est quoiqu’en dise Irene Margaritis sans ambiguïté : « il n’existe à ce jour aucune définition consensuelle, scientifique ou juridique, de cette notion, et la classification NOVA ne peut servir de base à des recommandations de santé publique. » Les agences sanitaires européennes qui ont eu à se prononcer sont parvenues aux mêmes conclusions.
Il n’y a pas de tabous autour de ce débat. Ce soir, l’émission a présenté cette position comme une tentative de faire disparaître un sujet du débat public. C’est une déformation. Ce que nous demandons – et que nous continuerons à demander – c’est que les recommandations de santé publique s’appuient sur des notions que les agences compétentes jugent elles-mêmes robustes et applicables. Ce n’est pas faire obstruction à la science. C’est lui faire confiance.
SUR LES FIBRES
L’émission dénonce ce soir l’ajout de fibres dans les produits industriels comme une manipulation visant à « améliorer artificiellement » le Nutri-Score et à réduire les coûts de production. Il faut nommer le paradoxe : les Français consomment en moyenne 20 grammes de fibres par jour, quand les recommandations des instances scientifiques fixent l’objectif à 30 grammes. Toutes les autorités de santé publique encouragent une augmentation de cette consommation.
Les fibres améliorent le Nutri-Score parce qu’elles améliorent le produit. Le dénoncer est non seulement absurde – c’est une injonction contradictoire. Notre secteur fait partie de la solution à un déficit de consommation réel et documenté. Le présenter comme un problème illustre exactement le type de réduction trompeuse que nous dénonçons.
SUR LES ADDITIFS ET LA MÉTHODE SCIENTIFIQUE
La filière prend au sérieux toutes les données scientifiques relatives aux ingrédients qu’elle utilise. C’est une obligation réglementaire, une responsabilité industrielle et un engagement permanent.
Mais là encore, la distinction s’impose. Les additifs autorisés en France et en Europe le sont à l’issue d’une évaluation rigoureuse conduite par l’EFSA sur la base de l’ensemble des données scientifiques disponibles. Ce processus est exigeant, contradictoire et révisable à mesure que les connaissances progressent. C’est précisément ce mécanisme qui garantit aux consommateurs français une protection sanitaire parmi les plus solides au monde.
SUR LE DIALOGUE ENTRE RECHERCHE, INSTITUTIONS ET INDUSTRIE
Le dialogue entre recherche, institutions et entreprises est la condition d’une politique alimentaire efficace. La DGS elle-même avait d’ailleurs sollicité le FFAS pour piloter l’expérimentation en conditions réelles de l’étiquetage nutritionnel simplifié, avant l’adoption du Nutri-Score.
Suggérer qu’un financement partiel signifie un pilotage des résultats, c’est nier l’indépendance des chercheurs et disqualifier par principe toute recherche partiellement financée par des acteurs privés — ce qui toucherait une très grande partie de la recherche française.
L’ANIA a répondu aux sollicitations de Cash Investigation. Ses réponses écrites ont été lues à l’antenne ce soir — mais tronquées, sorties de leur contexte, utilisées pour alimenter un récit dont la conclusion était écrite avant l’enquête. C’est précisément pour cela que nous avions fait le choix de répondre par écrit : ce format ne laisse aucune place à la contradiction, aucune possibilité de développer une position dans sa complexité. Il ne s’agit pas d’un refus de dialogue — il s’agit d’un constat sur la fairness de l’exercice. Il est dommage d’en être arrivés là.
Nous regrettons profondément que des enjeux aussi essentiels — souveraineté alimentaire, sécurité sanitaire, qualité nutritionnelle, accessibilité de l’alimentation pour tous les Français — soient traités sur ce mode.
Nous sommes convaincus qu’un dialogue honnête entre les entreprises agroalimentaires, les pouvoirs publics, les scientifiques et les citoyens est non seulement possible – il est vital. C’est dans cet esprit que nous répondons. Et que nous continuerons à le faire.
